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Jean de La Fontaine

Le vieux Chat et la jeune Souris

À Monseigneur le duc de Bourgogne Qui avait demandé à M. de la Fontaine une fable qui fût nommée le Chat et la Souris. Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée   Destine un temple en mes écrits, Comment composerai-je une fable nommée    Le Chat et la Souris ? Dois-je représenter dans ces vers une belle, Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle, Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris   Comme le chat de la souris ? Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune ? Rien ne lui convient mieux : et c’est chose commune Que de lui voir traiter ceux qu’on croit ses amis   Comme le chat fait la souris. Introduirai-je un roi qu’entre ses favoris Elle respecte seul, roi qui fixe sa roue, Qui n’est point empêché d’un monde d’ennemis, Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue   Comme le chat de la souris ? Mais insensiblement, dans le tour que j’ai pris, Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m’abuse, Je pourrais tout gâter par de plus longs récits : Le jeune prince alors se jouerait de ma muse   Comme le chat de la souris. V LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS Une jeune souris, de peu d’expérience, Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Raminagrobis.   Laissez-moi vivre : une souris   De ma taille et de ma dépense   Est-elle à charge en ce logis ?   Affamerais-je, à votre avis,   L’hôte, l’hôtesse, et tout leur monde ?   D’un grain de blé je me nourris :   Une noix me rend toute ronde. A présent je suis maigre : attendez quelque temps : Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parlait au chat la souris attrapée.   L’autre lui dit : Tu t’es trompée : Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ? Tu gagnerais autant de parler à des sourds. Chat, et vieux, pardonner ! cela n’arrive guères.   Selon ces lois, descends là-bas,   Meurs, et va-t’en, tout de ce pas,   Haranguer les sœurs filandières : Mes enfants trouveront assez d’autres repas.   Il tint parole. Et pour ma fable Voici le sens moral qui peut y convenir : La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir :   La vieillesse est impitoyable.
Le vieux Chat et la jeune SourisJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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