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Jean de La Fontaine

Le Soleil et les Grenouilles

Les filles du limon tiraient du roi des astres   Assistance et protection : Guerre ni pauvreté, ni semblables désastres, Ne pouvaient approcher de cette nation ; Elle faisait valoir en cent lieux son empire. Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire,   (Car que coûte-t-il d’appeler   Les choses par noms honorables ?) Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler,   Et devinrent insupportables. L’imprudence, l’orgueil, et l’oubli des bienfaits,   Enfants de la bonne fortune, Firent bientôt crier cette troupe importune :   On ne pouvait dormir en paix.    Si l’on eût cru leur murmure,    Elles auraient, par leurs cris,    Soulevé grands et petits    Contre l’œil de la nature. Le soleil, à leur dire, allait tout consumer ;   Il fallait promptement s’armer,   Et lever des troupes puissantes.   Aussitôt qu’il faisait un pas,    Ambassades coassantes    Allaient dans tous les États :   À les ouïr, tout le monde,   Toute la machine ronde   Roulait sur les intérêts   De quatre méchants marais.   Cette plainte téméraire   Dure toujours : et pourtant   Grenouilles doivent se taire,   Et ne murmurer pas tant :   Car si le soleil se pique,   Il le leur fera sentir :   La république aquatique   Pourrait bien s’en repentir.
Le Soleil et les GrenouillesJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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