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Jean de La Fontaine

Le Renard, les Mouches, et le Hérisson

Aux traces de son sang un vieux hôte des bois,   Renard fin, subtil, et matois, Blessé par des chasseurs, et tombé dans la fange, Autrefois attira ce parasite ailé   Que nous avons mouche appelé. Il accusait les dieux, et trouvait fort étrange Que le sort à tel point le voulût affliger,   Et le fit aux mouches manger. Quoi ! se jeter sur moi, sur moi le plus habile   De tous les hôtes des forêts ! Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets ? Et que me sert ma queue ? est-ce un poids inutile ? Va ; le ciel te confonde, animal importun !   Que ne vis-tu sur le commun !   Un hérisson du voisinage,   Dans mes vers nouveau personnage, Voulut le délivrer de l’importunité   Du peuple plein d’avidité : Je les vais de mes dards enfiler par centaines, Voisin renard, dit-il, et terminer tes peines. Garde-t’en bien, dit l’autre ; ami, ne le fais pas : Laisse-les, je te prie, achever leur repas. Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle Viendrait fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle. Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas : Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats. Aristote appliquait cet apologue aux hommes.   Les exemples en sont communs,   Surtout au pays où nous sommes. Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.
Le Renard, les Mouches, et le HérissonJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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