Aller au poème
Jean de La Fontaine

Le Pot de terre et le Pot de fer

     Le pot de fer proposa      Au pot de terre un voyage.      Celui-ci s’en excusa,      Disant qu’il ferait que sage      De garder le coin du feu :      Car il lui fallait si peu,      Si peu que la moindre chose      De son débris serait cause :      Il n’en reviendrait morceau.      Pour vous, dit-il, dont la peau      Est plus dure que la mienne,      Je ne vois rien qui vous tienne.      Nous vous mettrons à couvert,      Repartit le pot de fer :      Si quelque matière dure      Vous menace d’aventure,      Entre deux je passerai,      Et du coup vous sauverai.      Cette offre le persuade.      Pot de fer son camarade      Se met droit à ses côtés.      Mes gens s’en vont à trois pieds      Clopin clopant comme ils peuvent,      L’un contre l’autre jetés      Au moindre hoquet qu’ils treuvent. Le pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas Que par son compagnon il fut mis en éclats,      Sans qu’il eût lieu de se plaindre. Ne nous associons qu’avecque nos égaux ;      Ou bien il nous faudra craindre      Le destin d’un de ces pots.
Le Pot de terre et le Pot de ferJean de La Fontaine · Voix de synthèse
0:000:00