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Jean de La Fontaine

Le Faucon et le Chapon

Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;     Ne vous pressez donc nullement : Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en,     Que le chien de Jean de Nivelle. Un citoyen du Mans, chapon de son métier,     Était sommé de comparaître     Par devant les lares du maître. Au pied d’un tribunal que nous nommons foyer, Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose : Petit, petit, petit ! mais loin de s’y fier, Le Normand et demi laissait les gens crier. Serviteur, disait-il ; votre appât est grossier :     On ne m’y tient pas ; et pour cause. Cependant un faucon sur sa perche voyait     Notre Manseau qui s’enfuyait. Les chapons ont en nous fort peu de confiance,     Soit instinct, soit expérience. Celui-ci, qui ne fut qu’avec peine attrapé, Devait le lendemain, être d’un grand soupé, Fort à l’aise en un plat : honneur dont la volaille     Se serait passée aisément. L’oiseau chasseur lui dit : Ton peu d’entendement Me rend tout étonné. Vous n’êtes que racaille, Gens grossiers, sans esprit, à qui l’on n’apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.     Le vois-tu pas à la fenêtre ? Il t’attend : es-tu sourd ? Je n’entends que trop bien, Repartit le chapon : mais que me veut-il dire ! Et ce beau cuisinier armé d’un grand couteau ?     Reviendrais-tu pour cet appeau ?     Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l’indocilité qui me fait envoler Lorsque d’un ton si doux on s’en vient m’appeler.     Si tu voyais mettre à la broche     Tous les jours autant de faucons     Que j’y vois mettre de chapons, Tu ne me ferais pas un semblable reproche.
Le Faucon et le ChaponJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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