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Jean de La Fontaine

Le Corbeau voulant imiter l’Aigle

L’oiseau de Jupiter enlevant un mouton,     Un corbeau, témoin de l’affaire, Et plus faible des reins, mais non pas moins glouton,     En voulut sur l’heure autant faire.     Il tourne à l’entour du troupeau, Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau,     Un vrai mouton de sacrifice : On l’avait réservé pour la bouche des dieux. Gaillard corbeau disait, en le couvant des yeux :     Je ne sais qui fut ta nourrice ; Mais ton corps me paraît en merveilleux état :     Tu me serviras de pâture. Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.     La moutonnière créature Pesait plus qu’un fromage ; outre que sa toison     Était d’une épaisseur extrême, Et mêlée à peu près de la même façon     Que la barbe de Polyphême. Elle empêtra si bien les serres du corbeau, Que le pauvre animal ne put faire retraite : Le berger vient, le prend, l’encage bien et beau, Le donne à ses enfants pour servir d’amusette. Il faut se mesurer ; la conséquence est nette : Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.     L’exemple est un dangereux leurre : Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs ; Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.
Le Corbeau voulant imiter l’AigleJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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