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Jean de La Fontaine

Le Chat et les deux Moineaux

À Monseigneur le duc de Bourgogne Un chat, contemporain d’un fort jeune moineau, Fut logé près de lui dès l’âge du berceau : La cage et le panier avaient mêmes pénates. Le chat était souvent agacé par l’oiseau : L’un s’escrimait du bec ; l’autre jouait des pattes. Ce dernier toutefois épargnait son ami,   Ne le corrigeant qu’à demi :   Il se fût fait un grand scrupule   D’armer de pointes sa férule.   Le passereau, moins circonspect,   Lui donnait force coups de bec.   En sage et discrète personne,   Maître chat excusait ces jeux : Entre amis il ne faut jamais qu’on s’abandonne   Aux traits d’un courroux sérieux. Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge, Une longue habitude en paix les maintenait ; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait :   Quand un moineau du voisinage S’en vint les visiter et se fit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton. Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;   Et Raton de prendre parti. Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,   D’insulter ainsi notre ami ! Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ! Non, de par tous les chats ! Entrant lors au combat. Il croque l’étranger. Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! Cette réflexion fit aussi croquer l’autre. Quelle morale puis-je inférer de ce fait ? Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait. J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse. Prince, vous les aurez incontinent trouvés : Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse ; Elle et ses sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez.
Le Chat et les deux MoineauxJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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