Aller au poème
Jean de La Fontaine

La Discorde

La déesse Discorde ayant brouillé les dieux, Et fait un grand procès là-haut pour une pomme,     On la fit déloger des cieux.     Chez l’animal qu’on appelle homme     On la reçut à bras ouverts,     Elle et Que-si-que-non son frère,     Avecque Tien-et-mien son père, Elle nous fit l’honneur en ce bas univers     De préférer notre hémisphère À celui des mortels qui nous sont opposés,     Gens grossiers peu civilisés, Et qui, se mariant sans prêtre et sans notaire,     De la Discorde n’ont que faire. Pour la faire trouver aux lieux où le besoin     Demandait qu’elle fût présente,     La Renommée avait le soin De l’avertir ; et l’autre, diligente, Courait vite aux débats, et prévenait la Paix ; Faisait d’une étincelle un feu long à s’éteindre. La Renommée enfin commença de se plaindre     Que l’on ne lui trouvait jamais     De demeure fixe et certaine ; Bien souvent l’on perdait, à la chercher, sa peine : Il fallait donc qu’elle eût un séjour affecté, Un séjour d’où l’on pût en toutes les familles     L’envoyer à jour arrêté. Comme il n’était alors aucun couvent de filles,     On y trouva difficulté.     L’auberge enfin de l’hyménée     Lui fut pour maison assinée.
La DiscordeJean de La Fontaine · Voix de synthèse
0:000:00