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Jean de La Fontaine

À Madame de Montespan

L’apologue est un don qui vient des immortels ;     Ou, si c’est un présent des hommes, Quiconque nous l’a fait mérite des autels :     Nous devons tous, tant que nous sommes,     Ériger en divinité Le sage par qui fut ce bel art inventé. C’est proprement un charme : il rend l’âme attentive,     Ou plutôt il la tient captive,     Nous attachant à des récits Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits. Ô vous qui l’imitez, Olympe, si ma muse A quelquefois pris place à la table des dieux, Sur ces dons aujourd’hui daignez porter les yeux ; Favorisez les jeux où mon esprit s’amuse ! Le Temps, qui détruit tout, respectant votre appui, Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage : Tout auteur qui voudra vivre encore après lui     Doit s’acquérir votre suffrage. C’est de vous que mes vers attendent tout leur prix :     Il n’est beauté dans nos écrits Dont vous ne connaissiez jusques aux moindres traces. Eh ! qui connaît que vous les beautés et les grâces ! Paroles et regards, tout est charmes dans vous.     Ma muse, en un sujet si doux,     Voudrait s’étendre davantage : Mais il faut réserver à d’autres cet emploi ;     Et d’un plus grand maître que moi     Votre louange est le partage. Olympe, c’est assez qu’à mon dernier ouvrage Votre nom serve un jour de rempart et d’abri ; Protégez désormais le livre favori Par qui j’ose espérer une seconde vie :     Sous vos seuls auspices ces vers     Seront jugés, malgré l’envie,     Dignes des yeux de l’univers. Je ne mérite pas une faveur si grande ;     La fable en son nom la demande : Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous. S’il procure à mes vers le bonheur de vous plaire, Je croirai lui devoir un temple pour salaire : Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.
À Madame de MontespanJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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