Aller au poème
Guillaume Apollinaire

La Synagogue

Ottomar Scholem et Abraham Loeweren Coiffés de feutres verts le matin du sabbat Vont à la synagogue en longeant le Rhin Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas  Ils se disputent et crient des choses qu’on ose à peine traduire  Bâtard conçu pendant les règles ou Que le diable entre dans ton père  Le vieux Rhin soulève sa face ruisselante et se détourne pour sourire Ottomar Scholem et Abraham Loeweren sont en colère Parce que pendant le sabbat on ne doit pas fumer Tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés Et parce qu’Ottomar et Abraham aiment tous deux Lia aux yeux de brebis et dont le ventre avance un peu  Pourtant tout à l’heure dans la synagogue l’un après l’autre Ils baiseront la thora en soulevant leur beau chapeau Parmi les feuillards de la fête des cabanes Ottomar en chantant sourira à Abraham  Ils déchanteront sans mesure et les voix graves des hommes  Feront gémir un Léviathan au fond du Rhin comme une voix d’automne  Et dans la synagogue pleine de chapeaux on agitera les loulabim Hanoten ne Kamoth bagoim tholahoth baleoumim
La SynagogueGuillaume Apollinaire · Voix de synthèse
0:000:00