BALLADE ET ORAISON
£°°Père Noé, qui plantastes la vigne ;£Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,£Par tel party qu’Amour, qui gens engigne,£De vos filles si vous feit approcher,£Pas ne le dy pour le vous reprocher,£Architriclin, qui bien sceustes cest art,£Tous trois vous pry qu’o vous veuillez percher£L’ame du bon feu maistre Jehan Cotard !££°°Jadis extraict il fut de vostre ligne,£Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher ;£Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,£Certes, sur tous, c’estoit un bon archer ;£On ne luy sceut pot des mains arracher,£Car de bien boire oncques ne fut faitard.£Nobles seigneurs, ne souffrez empescher£L’ame du bon feu maistre Jehan Cotard !££°°Comme un viellart qui chancelle et trepign£L’ay veu souvent, quand il s’alloit coucher ;£Et une foys il se feit une bigne,£Bien m’en souvient, à l’estal d’ung boucher.£Brief, on n’eust sçeu en ce monde chercher£Meilleur pion, pour boire tost et tard.£Faictes entrer quand vous orrez hucher£L’ame du bon feu maistre Jehan Cotard.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, il n’eust sçeu jusqu’à terre cracher ;£Tousjours crioyt : Haro, la gorge m’ard !£Et si ne sceut oncq sa soif estancher,£L’ame du bon feu maistre Jehan Cotard.££££<C>CXVI.</C>££°°Item, vueil que le jeune Merle£Desormais gouverne mon change,£Car de changer envys me mesle,£Pourveu que tousjours baille en change,£Soit à privé, soit à estrange,£Pour trois escus, six brettes targes ;£Pour deux angelotz, ung grand ange :£Car amans doivent estre larges.££<C>CXVII.</C>££°°Item, j’ay sceu, à ce voyage,£Que mes trois povres orphelins£Sont creus et deviennent en aage,£Et n’ont pas testes de belins,£Et qu’enfans d’icy à Salins£N’a mieulx saichans leur tour d’escolle ;£Or, par l’ordre des Mathelins,£Telle jeunesse n’est pas folle.££<C>CXVIII.</C>££°°Si vueil qu’ilz voysent à l’estude ;£Où ? chez maistre Pierre Richer.£Le <i>Donnait</i> est pour eulx trop rude :£Jà ne les y vueil empescher.£Ilz sçauront, je l’ayme plus cher :£<i>Ave salus, tibi decus</i>,£Sans plus grandes lettres chercher :£Tousjours n’ont pas clercs le dessus.££<C>CXIX.</C>££°°Cecy estudient, et puis ho !£Plus procéder je leur deffens.£Quant d’entendre le grand Credo,£Trop fort il est pour telz enfans.£Mon grant tabard en deux je fendz :£Si vueil que la moictié s’en vende,£Pour eulx en achepter des flans,£Car jeunesse est ung peu friande.££<C>CXX.</C>££°°Et veuil qu’ilz soyent informez£En meurs, quoy que couste bature ;£Chapperons auront enfermez,£Et les poulces soubz la ceincture ;£Humbles à toute créature ;£Disans: <i>Hen ? Quoy ? Il n’en est rien !</i>£Si diront gens, par adventure :£« Voycy enfans de lieu de bien ! »££<C>CXXI.</C>££°°Item, à mes pouvres clergeons,£Auxquelz mes titres je resigne,£Beaulx enfans et droictz comme joncs,£Les voyans, je m’en dessaisine,£Et, sans recevoir, leur assigne,£Seur comme qui l’auroit en paulme,£A ung certain jour que l’on signe,£Sur l’hostel de Guesdry Guillaume.££<C>CXXII.</C>££°°Quoy que jeunes et esbatans£Soyent, en rien ne me desplaist ;£Dedans vingt, trente ou quarante ans£Bien autres seront, se Dieu plaist.£Il faict mal qui ne leur complaist,£Car ce sont beaux enfans et gents ;£Et qui les bat ne fiert, fol est,£Car enfans si deviennent gens.££<C>CXXIII.</C>££°°Les bourses des Dix-et-huict clers£Auront ; je m’y vueil travailler :£Pas ilz ne dorment comme lerz,£Qui trois mois sont sans resveiller.£Au fort, triste est le sommeiller£Qui faict aise jeune en jeunesse,£Tant qu’enfin luy faille veiller,£Quant reposer deust en vieillesse.££<C>CXXIV.</C>££°°Cy en escris au collateur£Lettres semblables et pareilles :£Or prient pour leur bienfaicteur,£Ou qu’on leur tire les oreilles.£Aucunes gens ont grand merveilles,£Que tant m’encline envers ces deux ;£Mais, foy que doy, festes et veilles,£Oncques ne vey les mères d’eulx !££<C>CXXV.</C>££°°Item, et à Michault Culdou,£Et à sire Charlot Taranne,£Cent solz : s’ilz demandent prins où ?£Ne leur chaille ; ils viendront de manne ;£Et unes houses de basanne,£Autant empeigne que semelle ;£Pourveu qu’ils me saulveront Jehanne,£Et autant une autre comme elle.££<C>CXXVI.</C>££°°Item, au seigneur de Grigny,£Auquel jadis laissay Vicestre,£Je donne la tour de Billy,£Pourveu, se huys y a ne fenestre£Qui soit ne debout ne en estre,£Qu’il mette très bien tout appoinct :£Face argent à dextre, à senestre:£Il m’en fault, et il n’en a point.££<C>CXXVII.</C>££°°Item, à Thibault de la Garde :£Thibault ? je mentz, il a nom Jehan ;£Que luy donray-je, que ne perde ?£Assez ay perdu tout cest an.£Dieu le vueille pourvoir, <i>amen… !</i>£Le barillet ? par m’ame, voyre !£Genevoys est le plus ancien,£Et plus beau nez a pour y boyre.££<C>CXXVIII.</C>££°°Item, je donne à Basanyer,£Notaire et greffier criminel,£De giroffle plain ung panyer,£Prins chez maistre Jehan de Ruel.£Tant à Mautainct ; tant à Rosnel ;£Et, avec ce don de giroffle,£Servir, de cueur gent et ysnel,£Le seigneur qui sert sainct Cristofle,££<C>CXXIX.</C>££°°Auquel ceste Ballade donne,£Pour sa dame, qui tous biens a.£S’Amour ainsi tous ne guerdonne,£Je ne m’esbahys de cela ;£Car au Pas conquesté celle a£Que tint René, roy de Cecille,£Où si bien fist et peu parla£Qu’oncques Hector feit, ne Troïle.£££