Aller au poème
François Villon

BALLADE DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.

£°°Se j’ayme et sers la belle de bon haict,£M’en devez-vous tenir à vil ne sot ?£Elle a en soy des biens à fin souhaict.£Pour son amour ceings bouclier et passot.£Quand viennent gens, je cours et happe un pot :£Au vin m’en voys, sans demener grand bruyt.£Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,£S’ils payent bien, je leur dy que bien <i>stat</i> :£« Retournez cy, quand vous serez en ruyt,£En ce bourdel où tenons nostre estat ! »££°°Mais, tost après, il y a grant deshait,£Quand sans argent s’en vient coucher Margot ;£Veoir ne la puis ; mon cueur à mort la hait.£Sa robe prens, demy-ceinct et surcot :£Si luy prometz qu’ilz tiendront pour l’escot.£Par les costez si se prend, l’Antechrist£Crie, et jure par la mort Jesuchrist,£Que non fera. Lors j’enpongne ung esclat,£Dessus le nez luy en fais ung escript,£En ce bourdel où tenons nostre estat.££°°Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet£Plus enflée qu’ung venimeux scarbot.£Riant, m’assiet le poing sur mon sommet,£Gogo me dit, et me fiert le jambot.£Tous deux yvres, dormons comme ung sabot ;£Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,£Monte sur moy, qu’el ne gaste son fruit.£Soubz elle geins ; plus qu’ung aiz me faict plat ;£De paillarder tout elle me destruict,£En ce bourdel ou tenons nostre estat.££<C>ENVOI.</C>££°°Vente, gresle, gelle, j’ay mon pain cuict !£Je suis paillard, la paillarde me suit.£Lequel vault mieux, chascun bien s’entresuit.£L’ung l’autre vault : c’est à mau chat mau rat.£Ordure amons, ordure nous affuyt.£Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,£En ce bourdel ou tenons nostre estat.££?????£<C>CXLI.</C>££°°Item, à Marion l’Ydolle,£Et la grand Jehanne de Bretaigne,£Donne tenir publique escolle,£Où l’escolier le maistre enseigne.£Lieu n’est où ce marché ne tienne,£Sinon en la grille de Mehun ;£De quoy je dy : Fy de l’enseigne,£Puis que l’ouvrage est si commun !££<C>CXLII.</C>££°°Item, à Noë le Jolys,£Autre chose je ne luy donne,£Fors plein poing d’osiers frez cueilliz£En mon jardin ; je l’abandonne.£Chastoy est une belle aulmosne ;£Âme n’en doit estre marry.£Unze vingtz coups lui en ordonne,£Par les mains de maistre Henry.££<C>CXLIII.</C>££°°Item, ne sçay que à l’Hostel-Dieu£Donner, n’aux povres hospitaulx ;£Bourdes n’ont icy temps ne lieu,£Car povres gens ont assez maulx.£Chascun leur envoye leurs os.£Les Mandians ont eu mon oye ;£Au fort, ilz en auront les os :£À menues gens menue monnoye.££<C>CXLIV.</C>££°°Item, je donne à mon barbier,£Qui se nomme Colin Galerne,£Près voysin d’Angelot l’Herbier,£Ung gros glasson… Prins où ? En Marne,£Affin qu’à son ayse s’yverne.£De l’estomach le tienne près.£Se l’yver ainsi se gouverne,£Il n’aura chault l’esté d’après.££<C>CXLV.</C>££°°Item, rien aux Enfans-Trouvez ;£Mais les perduz fault que console,£Si doivent estre retrouvez,£Par droict, sur Marion l’Ydolle.£Une leçon de mon escolle£Leur liray, qui ne dure guière.£Teste n’ayent dure ne folle,£Mais escoutent : c’est la dernière !£££
BALLADE DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.François Villon · Voix de synthèse
0:000:00