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François Villon

BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE AUX FILLES DE JOIE.

« Or y pensez, belle Gantière, Qui m’escolière souliez estre, Et vous, Blanche la Savetière, Ores est temps de vous congnoistre. Prenez à dextre et à senestre ; N’espargnez homme, je vous prie : Car vieilles n’ont ne cours ne estre, Ne que monnoye qu’on descrie. « Et vous, la gente Saulcissière, Qui de dancer estes adextre ; Guillemette la Tapissière, Ne mesprenez vers vostre maistre ; Tous vous fauldra clorre fenestre, Quand deviendrez vieille, flestrie ; Plus ne servirez qu’un vieil prebstre, Ne que monnoye qu’on descrie. « Jehanneton la Chaperonnière, Gardez qu’ennuy ne vous empestre ; Katherine la Bouchière, N’envoyez plus les hommes paistre : Car qui belle n’est, ne perpetre Leur bonne grace, mais leur rie. Laide vieillesse amour n’impetre, Ne que monnoye qu’on descrie. ENVOI. « Filles, veuillez vous entremettre D’escouter pourquoy pleure et crie C’est que ne puys remède y mettre, Ne que monnoye qu’on descrie. » XLVII. Ceste leçon icy leur baille La belle et bonne de jadis ; Bien dit ou mal, vaille que vaille, Enregistrer j’ay faict ces ditz Par mon clerc Fremin l’estourdys, Aussi rassis que je pense estre… S’il me desment, je le mauldys : Selon le clerc est deu le maistre. XLVIII. Si aperçoy le grand danger Là où l’homme amoureux se boute… Hé ! qui me vouldroit laidanger De ce mot, en disant : « Escoute ! Se d’aymer t’estrange et reboute Le barat de celles nommées, Tu fais une bien folle doubte, Car ce sont femmes diffamées. XLIX. « S’ils n’ayment fors que pour l’argent, On ne les ayme que pour l’heure. Rondement ayment toute gent, Et rient lors quant bourse pleure. De celles n’est qui ne recoeuvre ; Mais en femmes d’honneur et nom Franc homme, se Dieu me sequeure, Se doit employer ; ailleurs, non. » L. Je prens qu’aucun dye cecy, Si ne me contente-il en rien. En effect, je concludz ainsy, Et sy le cuyde entendre bien, Qu’on doit aymer en lieu de bien. Asçavoir-mon se ces fillettes, Qu’en parolles toute jour tien, Ne furent pas femmes honnestes ? LI. Honnestes, si furent vrayement, Sans avoir reproches ne blasmes. S’il est vray que, au commencement, Une chascune de ces femmes Lors prindrent, ains qu’eussent diffames, L’une ung clerc, ung lay, l’autre ung moine, Pour estaindre d’amours les flammes, Plus chauldes que feu Sainct-Antoine. LII. Or firent selon le decret Leurs amys, et bien y appert ; Elles aymoient en lieu secret, Car autre qu’eulx n’y avoit part. Toutesfois, ceste amour se part : Car celle qui n’en avoit qu’un D’icelluy s’eslongne et despart, Et ayme myeulx aymer chascun. LIII. Qui les meut à ce ? J’imagine, Sans l’honneur des dames blasmer Que c’est nature feminine, Qui tout vivement veult aymer. Autre chose n’y sçay rymer ; Fors qu’on dit, à Reims et à Troys, Voire à l’Isle et à Sainct-Omer, Que six ouvriers font plus que troys. LIV. Or ont les folz amans le bond, Et les dames prins la vollée ; C’est le droit loyer qu’amours ont ; Toute foy y est violée, Quelque doulx baiser n’acollée. De chiens, d’oyseaulx, d’armes, d’amours, Chascun le dit à la vollée : « Pour ung plaisir mille doulours. »
BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE AUX FILLES DE JOIE.François Villon · Voix de synthèse
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