BALLADE A ce propos, en vieil françois.
Mais où sont ly sainctz apostoles,
D’aulbes vestuz, d’amys coeffez,
Qui sont ceincts de sainctes estoles,
Dont par le col prent ly mauffez,
De maltalent tout eschauffez ?
Aussi bien meurt filz que servans ;
De ceste vie sont bouffez :
Autant en emporte ly vens.
Voire, où sont de Constantinobles
L’emperier aux poings dorez,
Ou de France ly roy tresnobles,
Sur tous autres roys decorez,
Qui, pour ly grand Dieux adorez,
Bastist eglises et convens ?
S’en son temps il fut honorez,
Autant en emporte ly vens.
Où sont de Vienne et de Grenobles
Ly Daulphin, ly preux, ly senez ?
Où, de Dijon, Sallins et Dolles,
Ly sires et ly filz aisnez ?
Où autant de leurs gens privez,
Heraulx, trompettes, poursuyvans ?
Ont-ilz bien bouté soubz le nez ?…
Autant en emporte ly vens.
ENVOI
Princes à mort sont destinez,
Et tous autres qui sont vivans ;
S’ils en sont coursez ou tennez,
Autant en emporte ly vens.
XLII.
Puys que papes, roys, filz de roys,
Et conceuz en ventres de roynes,
Sont enseveliz, mortz et froidz,
En aultruy mains passent leurs resnes ;
Moy, pauvre mercerot de Renes,
Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist ;
Mais que j’aye faict mes estrenes,
Honneste mort ne me desplaist.
XLIII.
Ce monde n’est perpetuel,
Quoy que pense riche pillart ;
Tous sommes soubz coutel mortel.
Ce confort prent pauvre vieillart,
Lequel d’estre plaisant raillart
Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
Qu’on tiendrait à fol et paillart,
Se, vieil, à railler se mettoit.
XLIV.
Or luy convient-il mendier,
Car à ce force le contraint.
Regrette huy sa mort, et hier ;
Tristesse son cueur si estrainct,
Souvent, se n’estoit Dieu qu’il crainct,
Il feroit un horrible faict.
Si advient qu’en ce Dieu enfrainct,
Et que luy-mesmes se deffaict.
XLV.
Car, s’en jeunesse il fut plaisant,
Ores plus rien ne dit qui plaise.
Tousjours vieil synge est desplaisant :
Moue ne faict qui ne desplaise.
S’il se taist, affin qu’il complaise,
Il est tenu pour fol recreu ;
S’il parle, on luy dit qu’il se taise.
Et qu’en son prunier n’a pas creu.
XLVI.
Aussi, ces pauvres femmelettes,
Qui vieilles sont et n’ont de quoy,
Quand voyent jeunes pucellettes
En admenez et en requoy,
Lors demandent à Dieu pourquoy
Si tost nasquirent, n’à quel droit ?
Notre Seigneur s’en taist tout coy,
Car, au tanser, il le perdroit.