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Edgar Quinet

La Prière

Grand Dieu ! Tu l’as voulu ! Ta volonté soit faite ! Tu possèdes l’abîme aussi bien que le faîte, Et tu le peux creuser sans en trouver le fond ! Ta providence est sainte, et ton œil est profond. Tes desseins sont à toi ; ta sagesse mesure L’huile et le baume et la blessure. Quand un état se brise en ta puissante main, Tu sais de quelle argile, avant le lendemain, Tu le veux repétrir. Prends pitié des ténèbres Où nos jours sont tombés. Luis dans nos cieux funèbres. Puisque ton bras nous frappe en notre souvenir, Rends-nous en don tout l’avenir ; Grand Dieu ! Nous te prions pour ce pays de gloire Que l’on appelait France, avant que ta victoire L’eût séchée en sa source. à la place des morts Veille sur sa frontière et sur ses châteaux forts, Sur ses champs, sur ses monts, sur ses vides murailles Et sur ses vastes funérailles. Et puis fais-la surgir des ombres du tombeau Plus belle après sa mort. Pour un monde nouveau Donne-lui sans mesure une nouvelle vie. De son peuple ouvre enfin la paupière assoupie ; Et de son Golgotha ramène en tes vallons Le porte-croix des nations. Surtout ne souffre pas que son cœur se partage, Ni que sa lèvre impie, à ton amer breuvage, Ajoute le venin des petits des serpents ; Le mensonge, la peur, ni les désirs rampants, Ni des lâches discours la coupe corrompue, Où tout état boit la ciguë. Enfin, nous te prions à cette heure, seigneur, Pour tous ceux qui naguère ont combattu sans peur. Donne-leur, chaque jour, le pain de leur vieillesse, Et nourris-les encor d’un reste d’allégresse. Bénis leurs toits de chaume et leurs seuils triomphants Et les berceaux de leurs enfants !
La PrièreEdgar Quinet · Voix de synthèse
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