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Arthur Rimbaud

Nous sommes tes

    Nous sommes tes grands parents.         Les grands,     Couverts des froides sueurs     De la terre et des verdures.     Nos vins secs avaient du cœur.     Au soleil sans imposture
     Que faut-il à l’homme ? Boire… Moi. — Mourir aux fleuves barbares.     Nous sommes tes grands parents        Des champs…     L’eau est au fond des osiers…
     Vois le courant du fossé     Autour du château mouillé…
     Descendons dans nos celliers :     Après le cidre, ou le lait… Moi. — Aller où boivent les vaches.     Nous sommes tes grands parents :         Tiens, prends     Les liqueurs dans nos armoires.     Le thé, le café, si rares,     Frémissent dans les bouilloires.
     Vois les images ; les fleurs :     Nous entrons du cimetière… Moi. — Ah ! tarir toutes les urnes.        Éternelles Ondines,        Divisez l’eau fine ;        Vénus, sœur de l’azur,        Émeus le flot pur.       Juifs errants de Norwège,         Dites-moi la neige ;       Anciens exilés chers,         Dites-moi la mer… — Non, plus ces boissons pures, 
 Ces fleurs d’eau pour verres ; 
 Légendes ni figures
 Ne me désaltèrent ; 
Chansonnier, ta filleule 
C’est ma soif si folle ; Hydre intime, sans gueule, Qui mine et désole ! Viens ! les vins sont aux plages, 
 Et les flots, par millions ! Vois le bitter sauvage 
Rouler du haut des monts ; Gagnons, pèlerins sages, 
L’absinthe aux verts piliers… Moi — Plus ces paysages. Qu’est l’ivresse, amis ? J’aime autant, mieux, même
 Pourrir dans l’étang, Sous l’affreuse crème, Près des bois flottants. Peut-être un soir m’attend 
Où je boirai tranquille
 En quelque bonne ville, Et mourrai…ontent
 Puisque je s….tent. Si mon mal se résigne, Si jamais j’ai quelque or, 
 Choisirai-je le Nord
 Ou les pays des vignes ?… Ah ! songer est indigne, Puisque c’est pure perte ; Et si je redeviens
 Le voyageur ancien
 Jamais l’auberge verte
 Ne peut bien m’être ouverte. Les pigeons qui tremblent dans la prairie ; 
 Le gibier qui court et qui voit la nuit ; Les bêtes des eaux, la bête asservie ; Les derniers papillons ; ont soif aussi. Mais fondre où fond ce nuage sans guide… 
Oh ! favorisé de ce qui soit frais, Expirer en ces violettes humides
 Dont les aurores chargent ces forêts.
Nous sommes tesArthur Rimbaud · Voix de synthèse
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