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Arsène Vermenouze
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En plein vent

Arsène Vermenouze

1 poème

Retour d’Espagne

I Nos émigrants d’antan étaient de fameux hommes ; Ils allaient en Espagne à pied ; les plus cossus S’achetaient un cheval barbe, montaient dessus, Et partaient. Travailleurs, ardemment économes, La plupart, au retour, rapportaient quelques sommes, Quadruples et ducats, dans la veste cousus, Et qui, par la famille, étaient les bien reçus. Alors on n’était pas douillet comme nous sommes : Après tout un long jour de fatigue, on avait La selle du cheval pour unique chevet ; On partageait un lit de paille rêche et rare Avec des muletiers, grands ràcleurs de guitare, Des arrieros nourris de fèves et d’oignons, Et l’on dînait avec ces frustes compagnons. II Le même plat pour tous, pour tous la même gourde, Pleine d’un vin épais qui sentait le goudron ; Et tous l’on s’empiffrait, à même le chaudron, De pois chiches très durs et de soupe très lourde. Autour du puchero l’on s’asseyait en rond, Et chacun racontait son histoire ou sa bourde ; Trop heureux quand un merle, une alouette, un tourde, Venait corser un peu le menu du patron. L’escopette pendue à l’arçon de la selle, Et fiers de n’avoir guère allégé l’escarcelle, Les émigrants étaient dehors au point du jour. Par des sentiers poudreux ou des routes fangeuses, Contemplant les sierras lointaines et neigeuses, Et vibrants sous la joie immense du retour. III Par les grands steppes nus de la Castille plate, Ils allaient sans jamais regarder l’occident, Même à l’heure sublime où le soleil ardent S’y noie, en une mer de pourpre et d’écarlate. Car ce n’est pas là-bas qu’est la terre auvergnate, C’est vers le nord ; là-haut, l’Auvergne les attend, L’Auvergne !… À leur regard avide et persistant Le vert frais et riant du doux pays éclate. Eh ! que leur font Madrid, Burgos, Valladolid ? Ils y passent sans même coucher dans un lit, En chevauchant — des jours entiers sans voir un arbre, Sous un soleil de feu — des montagnes de marbre, Où l’aigle plane au fond d’un ciel d’azur et d’or, Et toujours leur regard se tourne vers le nord. IV Enfin, ils vont toucher la côte cantabrique, Et voici les versants pyrénéens français… Tout poudreux et tannés par le vent, harassés, Ils ont, sous leur chapeau, des teints couleur de brique. Mais un léger zéphyr venu de l’Atlantique Leur apporte une odeur de France : c’est assez ! Oubliant la misère et les labeurs passés, Ils s’enivrent, joyeux, du parfum balsamique. Et, bien que n’étant pas, certes, de très grands clercs, Ils ont de jolis mots, nos mots naïfs et clairs, Pour exprimer leur sentiment en l’occurrence : « C’est égal, dit l’un d’eux, je ne sais d’où ça vient, « Mais il n’est nul pays dans le monde chrétien, « Non, nul pays qui sente aussi bon que la France ! » V Or, un matin, le chef du groupe, un vieux barbu, S’arrête : à l’horizon, dans le ciel doux et pâle, La chaîne du Cantal, tout entière, s’étale : Voici la dent de Plomb, ce colosse trapu, La corne du Griou, le pic svelte et pointu, Le Puy-Mary… C’est bien la montagne natale ; Et ces gens de nature un peu fruste et brutale. Ces Arvernes au front volontaire et têtu, Ces âpres « chineurs », ces « roulants » aux dures âmes Se mettent à pleurer soudain comme des femmes, Sans se cacher, leurs pleurs s’écrasant sous leurs doigts ; Oubliant l’espagnol, ils clament en patois : Quo’i l’Ouvernho : li som ! et tous, à perdre haleine, Brandissant leurs chapeaux, galopent dans la plaine.

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Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Retour d’EspagneArsène Vermenouze · Voix de synthèse
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